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Le traité de sécurité paneuropéen: une fontaine de jouvence pour l'Europe


Le traité de sécurité paneuropéen: une fontaine de jouvence pour l'Europe
 
 
Le 29 novembre 2009, Dmitri Medvedev, actuel président de la Fédération de Russie, a présenté un projet de traité de sécurité devant réunir les pays européens. Cet accord aurait avant tout pour objectif de resserrer les liens de l'OSCE avec les membres de l'Otan présents en Europe. Le projet russe a d'ores et déjà rencontré l'assentiment de diverses grandes nations européennes (Espagne, Royaume-Uni, France), mais reste à l'heure qu'il est lettre morte. Pourtant, il pourrait représenter la tête de proue d'un navire trop souvent en perdition dans un monde troublé.
 
Le renforcement des liens OSCE-UE permettrait avant tout de pallier aux coupes européennes dans les budgets de la Défense effectuées au lendemain de la crise de 2008. La France et le Royaume-Uni se sont rapprochés et ont pour projet de partager des porte-avions. Cet accord inédit, engageant deux pays responsables de 50% des dépenses militaires européennes,  démontre bien les inquiétudes du vieux continent. Les puissances émergentes, notamment les membres du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud) marchent de plus en plus allégrement sur les plates-bandes des nations vieillissantes d'Europe. La Russie, qui par ailleurs modernise actuellement son armée, a émis l'idée d'un traité européen de sécurité collective. Cet accord  prévoit notamment que toute action militaire se doit de rencontrer l'aval des autres pays signataires. Cette clause, négociable comme toutes les autres, permettrait à la Russie d'empêcher l'OTAN d'agir unilatéralement. L'ennemi d'hier se verrait affaibli, et les alliés « indésirables » de Moscou (Syrie, Belarus, Iran) seraient dès lors à l'abri de toute offensive européenne. Un autre mécanisme, comparable à celui régissant l'Alliance Atlantique, poussera les pays membres à tous se considérer comme attaqués si au moins un des pays l'est.
 
La Fédération de Russie semble désormais chercher l'apaisement avec l'OTAN et les États-Unis, et ce malgré le fait que leur nouvelle doctrine militaire désigne l'OTAN comme principale menace extérieure. Les relations entre Dmitri Medvedev et Barack Obama paraissent relativement bonnes, nonobstant certains points de divergence. La guerre en Géorgie en 2008, le bouclier anti-missile américain en Europe, l'éventuelle adhésion à l'OTAN de l'Ukraine et de la Géorgie ainsi que les man½uvres de l'alliance atlantique aux portes de la Russie sont autant de pommes de discorde. La coopération en Afghanistan, la signature du traité START (dénucléarisation bilatérale) et l'ensemble des éléments de la doctrine « reset » viennent  cependant contrebalancer les dissensions énumérées ci-haut. Les dirigeants du Kremlin ne se départissent cependant pas  des préceptes de la realpolitik. L'intégration russe dans le dispositif sécuritaire européen permettrait à Moscou de discréditer encore un peu plus l'OTAN. Cette organisation sécuritaire, qui a pendant presque un demi-siècle fait face aux chars du Pacte de Varsovie, est aujourd'hui en perte de vitesse. Beaucoup se questionnent quant à son utilité alors que l'ennemi soviétique a disparu dans les limbes du temps. Avec la création d'un traité paneuropéen de sécurité, l'OTAN ne détiendrait plus le monopole de la Défense sur le vieux continent. Moscou se positionnerait alors en leader potentiel, au vu des ses importantes capacités militaires et de la largeur de ses ressources en matières premières. Par ailleurs, des voix se font entendre en Occident, plus particulièrement aux États-Unis, réclamant l'intégration de la Russie dans l'alliance atlantique. Ce soudain intérêt semble être un réflexe compulsif face au projet russe de sécurité européenne, qui priverait quelque peu l'Oncle Sam de son rôle de protecteur de l'Europe. Cela pourrait répondre également à une volonté d'encerclement stratégique de la Chine. Par ailleurs, certains voient cette démarche comme la seule pouvant définitivement réconcilier un continent.
 
La signature d'un traité paneuropéen de sécurité pourrait porter un coup décisif à un projet américain que la Russie n'a jamais porté dans son c½ur : le bouclier anti-missile. Officiellement dirigé contre des « états voyous » (ndlr : George W. Bush) tels que l'Iran ou la Corée du Nord, l'ours russe l'a cependant toujours appréhendé comme une menace majeure. Récemment, Washington a trouvé un accord avec la Roumanie pour l'installation de certaines composantes de ce bouclier. Le déploiement de ce système déréglerait totalement l'équilibre militaro-stratégique en Europe, la Russie se trouvant dès lors en position de faiblesse. Ce mercredi 18 mai, le président russe a par ailleurs promis de renforcer le potentiel nucléaire de son pays au cas où il ne trouverait pas un terrain d'entente avec la Maison Blanche. Cette menace fait suite à une autre, qui consistait à dire que la Russie installerait à Kaliningrad (enclave russe au nord de la Pologne) des missiles Iskander capables de toucher les plus grandes capitales européennes. La Russie manie tout aussi bien le bâton que la carotte. Elle se veut conciliante, mais n'hésite pas à user d'une rhétorique belliqueuse tant que ses exigences les plus fondamentales ne sont pas respectées. 

La Fédération russe cherche également à assurer sa propre sécurité face à l'appétit grandissant du voisin chinois. De nos jours, les deux puissances coopèrent au sein de l'Organisation de Shangaï, qui vise à protéger le continent  asiatique d'une incursion américaine. Pourtant, à Moscou on s'inquiète. Le pays partage 4300 kilomètres de frontière avec la Chine... L'homme de la rue n'oublie d'ailleurs pas que les seules invasions qui ont réussi venaient de l'est. Les raisons de cette inquiétude sont qui plus est des plus fondées. La Chine vit un essor économique et démographique qui la pousse à prospecter en dehors de ses frontières pour répondre à  ses besoins. Son emprise sur grande nombre de pays africains est déjà une réalité. Les Européens ont d'ailleurs l'audace de s'insurger en criant au colonialisme ! Reste que l'Empire du Milieu risque de comprendre tôt ou tard qu'il ne sert à rien de chercher au bout du monde ce qu'il peut prendre juste à côté... Au nord, la riche Sibérie s'étend sur des espaces gigantesques. On y rencontre quelques zones de peuplement, mais dans l'ensemble c'est assez désertique. Cette réalité ne va qu'en s'empirant : les jeunes quittent toujours plus nombreux leurs provinces reculées pour se rapprocher des grands centres économiques du pays. Quant à la Chine, elle favorise l'immigration (souvent illégale) de ses citoyens vers la Sibérie, dans une stratégie qui rappelle le colonialisme cromwellien. Le Kremlin n'est pas aveugle et se rend bien compte que dans ce contexte, les rapports de bon voisinage avec le dragon chinois ne peuvent pas durer éternellement. Il tente déjà de limiter l'influence croissante des Chinois près de la frontière en réduisant les importations et en compliquant l'octroi de visas. Des incitations financières sont offertes aux personnes souhaitant s'installer dans la région. Pour lutter contre le danger que représente le principe des vases communicants, la Russie renforce sa présence militaire dans ces contrées reculées. Cependant, que pourra-t-elle faire face à une armée par dix fois supérieure en nombre et de mieux en mieux équipée ? Sans appui international, leur fameux patriotisme ne fera sans doute pas le poids. L'appui européen pourrait être l'élément qui calmera les ardeurs de Pékin. Moscou espère par ce biais que le fleuve Amour, qui gorge ses provinces les plus orientales, ne devienne pas le fleuve de la haine...
 
Finalement, nous pouvons affirmer que la création d'une alliance sécuritaire paneuropéenne intégrant la Russie est dans l'air du temps. La coopération militaire entre la Russie et ses partenaires européens est de plus en plus prégnante. La vente de navires porte-hélicoptères français de type « Mistral » à l'armée russe n'en est qu'un exemple. Récemment, des soldats allemands ont suivi les traces de leurs ancêtres en se rendant en Russie. Ils y ont effectué des man½uvres, avec l'assistance technique de leurs homologues locaux. La politique de la main tendue prônée par Moscou semble sincère. Le Kremlin ne se cache pas qu'il tente d'occuper un rôle plus important en Europe, sans pour autant chercher à rétablir l'hégémonie d'antan. Il est dorénavant urgent de rompre l'isolement diplomatique dans lequel les Occidentaux souhaitent confiner la Russie. Il en va de notre sécurité, à l'heure où l'émergence des puissances de demain redessine la carte géopolitique mondiale. L'Europe se trouve à un tournant de son Histoire.
 
Miroslav Koutny

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#Posté le jeudi 19 mai 2011 13:41

Modifié le mardi 31 mai 2011 09:04

Lettonie, ou l'inexistence en héritage

Lettonie, ou l'inexistence en héritageDe nos jours, en Lettonie, terre européenne placée sous la suzeraineté de Bruxelles, 335 000 personnes, pour la plupart nées dans cette république balte, ne disposent d'aucune nationalité. Elles ne jouissent donc pas du droit de vote, ne doivent pas espérer devenir fonctionnaires, et par conséquent sont totalement exclues de la vie publique du pays. Ce triste état des lieux s'inscrit dans un contexte historique pour le moins tumultueux et sensible, que Vladimir Poutine a appelé la plus grande catastrophe géopolitique du 20ème siècle, la chute de l'Union Soviétique.

La Lettonie recouvra son indépendance le 21 août 1991, après des mois de troubles qui s'étaient soldés par le déploiement de troupes soviétiques dans les pays baltes. Dans un esprit de mesquinerie revancharde, les autorités du nouvel état indépendant décidèrent d'accorder la nationalité lettone à toutes les personnes ayant vécu en Lettonie avant le 17 juin 1940, ainsi qu'à tous leurs descendants. Cette disposition législative avait le but aussi évident qu'injuste d'exclure toutes les personnes issues d'autres républiques soviétiques, sachant qu'elles sont dans leur immense majorité russophones. De nos jours, pas moins de 44% de la population lettone a pour langue maternelle celle de Pouchkine, et ce chiffre monte jusqu'à 70% dans la capitale, Riga. Cependant, tous les russophones ne sont pas frappés par ces injustices institutionnalisées, puisque « seulement » 15% de la population se voit privée des droits civiques les plus élémentaires. Comment comprendre cet état d'apartheid qui caractérise un état membre de l'Union Européenne ? Ses origines se trouvent avant tout dans le profond sentiment russophobe qu'éprouvent les pays Baltes, après des années passées sous tutelle soviétique.

Ce sentiment russophobe, compréhensible, mais en aucun cas excusable, est une régurgitation nauséabonde d'idées nocives répandues notamment par les autorités politiques du pays. Le dernier exemple en date ? Girts Valdis Kristovskis, chef de la diplomatie, a soutenu le 3 novembre dernier, dans un courriel adressé à un médecin, que les russophones vivant en Lettonie ne devraient pas être soignés de la même façon que les Lettons « de pure souche ». Ces déclarations ont causé une onde de choc qui s'est étendue dans tout le pays, mais qui n'a apparemment pas touché Bruxelles, trop occupée avec les roms de Nicolas Sarkozy.

Un autre scandale, daté lui du 8 novembre, fut la nomination à la présidence d'une commission parlementaire de Visvaldis Lācis, ancien légionnaire SS. Il faut dire que les troupes hitlériennes ne sont pas considérées de la même façon sur les côtes de la mer baltique que dans le reste du monde : elles sont avant tout perçues comme étant les garantes de la liberté face aux aspirations soviétiques. Le fait que Visvaldis Lācis soit membre d'un parti raciste connu sous le nom de « Tout pour la Lettonie/Pour la mère patrie et la liberté » et qu'il soit devenu tristement célèbre pour son amour des théories raciales ne semble pas avoir posé de cas de conscience majeur aux parlementaires chargé de son élection. Mais l'hémorragie xénophobe ne s'arrête pas là, puisque c'est à la tête de la commission chargée du respect de la loi sur la citoyenneté que V. Lācis fut nommé. Autant élire Berlusconi à la tête de la police saoudienne pour la promotion de la vertu et la répression du vice...

Le tableau n'est cependant pas si noir que ça, des voix se faisant entendre ici et là pour qu'un véritable état de droit (pour tous) soit instauré. Depuis l'indépendance lettone, le nombre d'apatrides résidant dans le pays fut divisé par deux. Un bref calcul nous permet donc d'arriver au chiffre moyen de 22 000 naturalisations par an. Impressionnant me direz-vous ? Pas tellement, quand on regarde la situation près du Danube, où Bucarest espère pouvoir naturaliser 120 000 Moldaves par an ! Le gouvernement letton semble vouloir ménager la chèvre et le chou, le citoyen letton « de pure souche » et les instances internationales qui critiquent de temps à autres la situation dans cette ex-république soviétique. Une question se pose dès lors : jusqu'à quand l'Europe des discriminations laissera-t-elle place à l'Europe telle qu'on nous la présente dans les divers traités ?



Miroslav Koutný
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#Posté le jeudi 02 décembre 2010 05:22

20 ans de conflit en Transnistrie: une éternelle voie sans issue?

20 ans de conflit en Transnistrie: une éternelle voie sans issue?Il y a 20 ans, on assistait aux premiers affrontements meurtriers de la guerre en Transnistrie. Bien que les médias occidentaux présentent depuis deux décennies ce conflit comme la lutte de la démocratie moldave contre '' la dictature soviétique '' de Transnistrie, la population transnistrienne a été la première à verser le sang. Tout cela est arrivé dans les circonstances les plus défavorables du point de vue du respect des droits de l'Homme. Le 2 novembre 1990, la ville de Doubossary, en Transnistrie, a été le théâtre d'une action de protestation contre l'introduction de la police moldave dans la ville, laquelle a utilisé les armes à feu pour disperser les manifestants. Trois participants transnistriens à ce rassemblement ont été tués. Puis, en 1992, ce conflit va se transformer en une véritable guerre qui coûtera la vie de plus d'un millier de personnes.

La majeure partie de la population locale estime que ce n'était pas une guerre entre deux peuples, mais au sein des autorités des deux États venant d'acquérir leur indépendance et d'entrer en conflit. Officiellement, la Transnistrie est plus '' ancienne '' que la Moldavie indépendante, car sa déclaration de souveraineté a été adoptée en septembre 1990. Et cette dernière adoptée suite à la croissance du nationalisme moldave, et les discussions concernant l'adhésion à la Roumanie à la fin des années 80 a précisément conduit aux troubles de Doubossary. Les autorités moldaves, téméraires envers leur propre peuple, mais craignant Moscou, ont proclamé l'indépendance de l'ancienne république soviétique moldave par rapport à l'URSS seulement après l'échec du coup d'Etat d'août 1991 à Moscou, pratiquement une année après le premier sang versé.

Les deux peuples ne sont pas entrés en conflit au sens violent du terme. Ce qui est confirmé par le fait qu'aujourd'hui les Transnistriens et les résidents de la Moldavie '' de la rive droite '' circulent librement et que la délivrance des papiers nécessaires ne constitue pas de réels problèmes. Mais le leader immuable de Transnistrie, Igor Smirnov, et les leaders moldaves, changeants de temps en temps, n'arrivent toujours pas à trouver de terrain d'entente, bien qu'ils se soient assis récemment à la table des négociations à Moscou, avec la médiation du président russe Dmitri Medvedev. '' Je suis convaincu qu'il est parfaitement possible de résoudre le problème transnistrien'', a déclaré Dmitri Medvedev en commentant la rencontre.

Pourquoi la paix recule-t-elle?

La cause principale de l'échec périodique des négociations, abandonnées pour la dernière fois en février 2006, est due aux ambitions des deux parties. Les craintes des Transnistriens de 1990-1992 concernant l'adhésion de la Moldavie à la Roumanie ont été vaines : les autorités moldaves sont trop ambitieuses pour remettre de leur plein gré le pouvoir à la Roumanie sous l'égide de laquelle leur pays se trouvait jusqu'en 1939. Mais ses ambitions ne leur permettent pas non plus de reconnaître le rôle politique autonome de la petite Transnistrie, qui appartenait à la République soviétique d'Ukraine au sein de l'URSS jusqu'en 1939. Les négociations se sont soldées par un échec.

La seconde raison de l'échec des négociations concerne la perception en noir et blanc du problème transnistrien par certains acteurs de la régularisation, selon la formule 5+2 (Moldavie, Russie, Transnistrie, Ukraine, OSCE + UE et les Etats-Unis en tant qu'observateurs).

L'Union Européenne, les Etats-Unis et l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) ne cachent pas leur mépris pour le régime transnistrien et leur méfiance à l'égard de la Russie. Ceci a été la raison de l'échec du '' plan Kozak '' en 2002, du nom du médiateur russe Dmitri Kozak. Contrairement au point de vue établi en Occident, en 2002 la Russie a agi dans l'intérêt de la Moldavie, mais la méfiance des partenaires occidentaux à l'égard de la Russie était trop forte pour permettre au Kremlin de recevoir les lauriers du pacificateur.

A qui la faute?

Bien sûr, il serait difficile de qualifier l'entité étatique créée par Igor Smirnov et ses partisans sur la rive gauche du Dniestr de paradis terrestre. La population qui se chiffre actuellement à 521.000 personnes diminue irrémédiablement. D'autant plus que les personnes les plus aptes à travailler partent gagner leur vie en Russie et dans les pays de l'UE. Il est difficile d'avoir une démocratie et de créer une économie transparente et efficace dans un pays qui n'est reconnu par personne.

Le stéréotype de la Transnistrie créé par les médias occidentaux, où elle a été cataloguée comme '' centre de contrebande et d'économie parallèle '', serait à la rigueur pertinent s'il était assorti de la question suivante : comment peut-on encore survivre dans un pays placé en dehors de la loi?

En 2006, le président moldave de l'époque Voronin et l'inoubliable président ukrainien Viktor Iouchtchenko avaient instauré un blocus économique de la région, car les marchandises à destination de Transnistrie n'étaient pas estampillées par la douane de Chisinau. Il serait intéressant de voir la réaction des pays occidentaux qui ont soutenu ces deux confrères si le Kosovo se voyait contrait à ne recevoir que les marchandises visées par la douane de Belgrade ? Pourtant la situation serait identique. Et où étaient les droits de l'Homme, tant appréciés de M. Iouchtchenko et des fonctionnaires de l'UE lorsqu'on bloquait à la frontière de la Transnistrie même la nourriture pour les enfants qu'il a été nécessaire d'importer au moyen de convois humanitaires russes?

Une éternelle voie sans issue

Le blocus a été levé quelques mois après sa proclamation en 2006, principalement parce qu'il était préjudiciable aux intérêts économiques de l'Ukraine, de la Moldavie et de la Roumanie. Mais la reconnaissance par l'Occident d'un fait évident, à savoir que des populations de langues, d'histoires et de formations économiques différentes résidaient sur le territoire de l'ancienne république moldave, n'a toujours pas eu lieu. Le bien doit vaincre le mal, avec un score blanc de préférence. On entend toujours les mêmes exigences concernant le retrait des forces russes de maintien de la paix, '' le respect de la souveraineté de la Moldavie ''. Toujours cette même vision en noir et blanc : la gentille Moldavie européenne contre la méchante république soviétique moldave du Dniestr et ses alliés russes.

Étrangement, en 1992, lorsque la quatorzième armée russe commandée par le général Lebedev a mit un terme au conflit, toute l'Europe a poussé un soupir de soulagement. D'une manière ou d'une autre l'effusion de sang avait cessé. L'Europe oublie rapidement certaines guerres. Et c'est dommage.


Dmitri Babitch, RIA Novosti
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#Posté le vendredi 05 novembre 2010 07:14

L'Iran, histoire d'une success-story

Il est indéniable que la République Islamique d'Iran est en passe de devenir une superpuissance, si pas mondiale, au moins régionale. Les fondements de cet irrésistible essor sont divers, et peuvent parfois être très éloignés des idées généralement répandues en Occident. Cet article a pour objectif de lever le voile de l'incompréhension sur l'influence croissante de l'état théologique, et ceci dans une perspective historique.

La révolution islamique de 1979 marque un tournant non seulement dans l'Histoire de l'Iran, mais également dans celle du monde musulman en général. Avant cette date, l'Islam n'était pas perçu comme un système de valeurs applicable au domaine politique, même si quelques théocraties musulmanes, comme l'Arabie Saoudite, existaient déjà. Les évènements qui ébranlèrent le pays au début de l'année 1979, où le régime pro-occidental et dictatorial du shah fut remplacé par une autre dictature, islamique celle-ci, sonnèrent le glas sur l'hégémonie essentiellement britannique et américaine dans ce vaste pays, riche en ressources naturelles.

Lors de l'avènement au pouvoir de l'ayatollah Khomeiny, les occidentaux répondirent avec un certain flegme, l'Occident ne mesurant pas encore pleinement l'importance de ce séisme politique. En effet, nous étions en pleine guerre froide, et cette jeune république, bien qu'arrogante et belliqueuse, comme en témoigne l'assaut de l'ambassade américaine à Téhéran en 1979, assaut qui fut organisé en partie par l'actuel président Iranien, Mahmoud Ahmadinejad, ne représentait pas un réel danger. Le personnel Américain fut retenu en otage durant 444 jours, et ne retrouva la liberté qu'en 1981. Bien évidemment, ces événements tragiques ne firent pas la publicité du jeune régime et marquèrent le début de la guerre latente qui oppose les Etats-Unis à l'Iran encore de nos jours. Dès 1980, les volontés impérialistes de l'Iran furent exprimées, l'ayatollah Khomeiny appelant les chiites d'Irak à se soulever contre Saddam Hussein, arrivé au pouvoir un an plus tôt. L'Irak était alors perçu par les Etats-Unis et par le monde arabe, majoritairement sunnite, comme un rempart les protégeant du mouvement iranien, chiite celui-ci. Saddam Hussein, dirigeant sunnite dans un pays à majorité sunnite, tremblait à l'idée d'un coup d'état, d'autant plus que les chiites étaient persécutés depuis plus de 13 siècles... Saisissant l'occasion d'un simple différend frontalier, le dictateur socialiste Irakien lança ses tanks à l'assaut de la République Islamique dès le 22 septembre 1980, déclenchant par la même occasion une guerre qui dura 8 ans et devait faire environ un million de morts. L'Irak, profitant des pétrodollars, jouissait alors de la quatrième armée du monde. Voyant cependant dans les efforts de modernisation orchestrés par le parti Baas comme un terreau pouvant éventuellement donner naissance à un état démocratique, stable et laïque, les occidentaux, tout comme les soviétiques décidèrent de soutenir l'offensive irakienne, qui devait mettre fin au régime islamique, à peine sorti de l'½uf, et déjà si belliqueux. La révolution iranienne venait seulement de se mettre en marche qu'elle était déjà acculée de toutes parts... Le Peuple iranien fit néanmoins preuve d'un courage à toute épreuve, et repoussa, aux prix de sacrifices surhumains, les troupes ennemies, pourtant mieux équipées et mieux entrainées. Le conflit s'enlisa rapidement, mais finalement, les hostilités cessèrent le 20 août 1988. La première tentative de coup d'état contre le régime des mollahs avait échoué...

L'Iran comprit dès l'aube de la guerre que l'extension islamiste ne serait pas tout de suite possible en Irak, et qu'il fallait donc se trouver une autre cible, plus fragile. Le Liban, tiraillé par des communautés aux aspirations différentes, et qui ne possédaient pas les mêmes droits, asphyxié par l'afflux de plus en plus important de réfugiés palestiniens sunnites qui venaient fragiliser encore un peu plus l'équilibre entre les communautés, semblait être le terrain idéal pour l'expansion de l'islamisme politique. La guerre civile y faisait rage depuis 1975, les blindés israéliens circulaient parmi les oliviers au pays du cèdre... L'Iran, alors affairé dans la guerre sans merci qui l'opposait à l'Irak, ne pouvait raisonnablement pas y envoyer de troupes régulières. Ils eurent donc recours à une autre stratégie, à la fois plus intelligente et plus efficace, personne ne pouvant alors rivaliser avec la puissance de feu de l'état juif. Dès 1982, quelques centaines d'hommes furent envoyés à Beyrouth dans le but de cimenter la résistance, et surtout de la discipliner, puisqu'à l'image de l'OLP de Yasser Arafat, les combattants arabes, s'étant faits écraser, n'avaient même pas pu organiser leur retraite. Arafat avait par ailleurs été contraint de partir dans un humiliant exil en Tunisie. Les hommes de Téhéran, tous gardiens de la révolution, mirent immédiatement à mal les troupes étrangères sur place, grâce à un habile système de leviers, eux préférant garder les mains propres en fournissant en armes, entraînant et finançant les combattants sur place. Ainsi naissait le Parti de Dieu, connu sous le nom de « Hezbollah ». Ils recrutèrent dans les quartiers pauvres des villes libanaises, les populations chiites y vivant étant exaspérées par les inégalités sociales qui les frappaient par rapport aux chrétiens maronites, qu'ils identifiaient aux colonisateurs Français, et par corrélation aux troupes occidentales déployées dès 1982. La soudaine organisation et efficacité de la guérilla libanaise laissa coi les forces étrangères en présence, habituées auparavant à se délecter de victoires aisées. L'Iran mit alors en place une stratégie qui est toujours la sienne actuellement : éviter les affrontements directs, financer des mouvements aussi divers que possibles, mais tous désireux d'en découdre avec l'ennemi, tout en occultant au possible les liens l'unissant avec ces mouvances guerrières. La guerre du Liban était une occasion en or pour mettre au point des nouvelles stratégies de guérilla, qui seront exportées par la suite à d'autres champs de bataille. C'est ainsi que naquirent également le Hamas et le Jihad Islamique modernes et sur un autre champ de bataille, le Hezbollah kurde. Les succès rencontrés alors par les combattants libanais et palestiniens (notamment issus de l'OLP vaincu) servant sous les ordres d'Iraniens eurent un effet positif sur l'influence de la République Islamique dans le monde arabe ; il était notoire que jamais un dirigeant arabe n'avait réussi à rependre ne fut-ce qu'un seul centimètre carré aux sionistes, et l'Iran se présentait donc comme le successeur de la résistance musulmane à l'envahisseur. En étendant aussi son cercle d'influence à des milieux sunnites, il jeta par la même occasion les bases d'un Empire, qu'il s'efforce de bâtir. Les accords de paix mettant fin au conflit libanais furent signés en 1990, mais le Liban sud, zone tampon avec Israël, était toujours occupé par les soldats de Tsahal. Le Hezbollah, ainsi que d'autres factions ayant prêté allégeance à Téhéran, continuèrent les violences à l'égard de l'occupant, rongeant chaque jour un peu plus les certitudes dont il se tançait. A bout de forces, l'armée israélienne se retira en mai 2000, cédant aux pressions du Peuple, fatigué de cette guerre contre un ennemi fantôme. En effet, en accord avec les promesses faites au régime de Téhéran, le Hezbollah était alors une nébuleuse insaisissable, les noms des principaux commandants n'étant même pas connus, ce qui est un comble quand on connait la glorieuse réputation du Mossad, l'agence des services secrets israéliens ! La République Islamique exultait, elle venait de remporter sa première grosse victoire sur l'échiquier du Moyen-Orient. Cependant, afin de ne pas dévoiler sa réelle implication, aucune parade ne vint animer les rues de la capitale iranienne, le secret étant le maître mot dans la guerre que l'Iran entend mener pour étendre son influence à l'ensemble des pays arabo-musulmans.

Le 20 mars 2003, le président Américain, George Bush, en lançant ses chars Abrams à l'assaut de Bagdad, commit une erreur qui devait s'avérer fatale, non seulement pour la nation Irakienne, mais également pour les aspirations Américaines au Moyen-Orient. Certes, l'armée de Saddam Hussein fut balayée en l'espace de 15 jours, mais la défaite politique effaçait le brillant succès militaire. Les Iraniens, qui, dès l'instauration du régime islamique, avaient accueilli sur leur territoire les partis politiques chiites irakiens traqués par les services secrets Irakiens, étaient d'ores et déjà assurés de leur suzeraineté sur la partie sud de l'Irak, majoritairement chiite, lorsque le régime sunnite de Saddam Hussein serait destitué. En effet, les descendants de la glorieuse Perse comprirent dès la guerre Iran-Irak, et le siège qu'ils firent à Basra, seul accès à la mer de l'Irak et poumon économique du pays, que l'usage de la force militaire se révélerait contre-productif. C'est pourquoi, s'inspirant du modèle Libanais, qui avait déjà fait ses preuves, ils mirent en ½uvre un vaste système de corruption, jumelé à de multiples efforts de séduction. La philosophie prônée est : plutôt que de passer pour un occupant, un colonisateur, mieux vaut se rendre indispensable auprès des Irakiens eux-mêmes. L'invasion de l'Irak par les Américains et leurs alliés fut dès lors perçue comme du pain béni : on leur servait l'Irak et ses ressources sur un plateau. L'Etat Irakien, appareil de répression particulièrement sanglant a toujours servi à contenir trois communautés se vouant une haine vorace : les Sunnites, les Chiites et les Kurdes. Or, quand les bombes téléguidées américaines vinrent exterminer les chars irakiens T-72, c'est l'Etat irakien lui-même qui disparut, en même temps que son armée. En effet, les forces militaires irakiennes étaient plus un outil de répression intérieur qu'un élément destiné à prévenir les menaces étrangères. Le fait que Saddam Hussein n'ait gagné aucune des guerres qu'il a menées (Iran, Koweït, Coalition Occidentale) abonde en ce sens. Les Américains, incapables de se faire apprécier en Irak, ne purent combler le vide politique laissé par la disparition du régime Baasiste, laissant la place libre à l'Iran et à ses fidèles. Suivant le modèle des vases communicants, les alliés de Téhéran, dont un nombre conséquent de partis politiques réfugiés dans la république Islamique aux heures les plus sombres de la barbarie de Saddam Hussein, vinrent prendre possession des lieux désertés. C'est ainsi, qu'à l'heure où vous lisez cet article, plus d'un tiers de l'Irak, la partie sud pour être précis, est de facto sous le giron des mollahs. Téhéran se dépêcha de prendre le contrôle de Basra, ville de première importance. En effet, Basra, importante ville portuaire, d'où partent principalement les exportations de brut irakien, se situe dans une région à forte majorité chiite, où sont par ailleurs produits 1,9 millions de barils par jour, soit l'essentiel de la production irakienne, et revêt donc une importance capitale. De nos jours, Téhéran joue un rôle direct dans l'examen de la liste des compagnies étrangères souhaitant investir dans le coin, la police et les services secrets exerçant dans la région ne répondent plus qu'à l'Iran, tout comme les universités et les hôpitaux. Qui plus est, l'Iran fournit les ressources dont la ville de Basra a besoin pour survivre. Les troupes Britanniques défilant dans les villes de la région n'auraient rien pu changer à la situation ; le véritable combat qu'il fallait mener était situé au niveau de la politique, pas au niveau de la puissance militaire. Mais l'emprise iranienne sur l'Irak ne s'arrête pas là : les ministères fédéraux chargés des exportations de pétrole sont eux-mêmes sous le contrôle de factions chiites proches de Téhéran. La chute de Saddam Hussein permit également à l'Iran de reprendre le contrôle de lieux saints chiites, tels que Karbala. En prenant des mains des arabes sunnites cette terre sainte, le vieux rêve d'un contrôle chiite de La Mecque se voit ravivé.... L'Arabie Saoudite semble d'ailleurs avoir conscience du danger, et augmente sans cesse ses dépenses militaires, estimées à 10% du PIB en 2006, ce qui est loin d'être un pourcentage qu'on peut balayer d'un revers de la main. Tirant les ficelles de mouvements de résistance irakiens tels que l'armée du Medhi de Moqtada al-Sadr, le régime Islamique compte répéter le scénario de la victoire au Liban : affaiblir chaque jour l'ennemi un peu plus en le harcelant, le démoralisant, et en lui faisant comprendre qu'il n'est en sécurité nulle part. Le savoir-faire iranien dans la conception d'explosifs, dans la préparation d'attentats à la voiture piégée, dans la guérilla urbaine, et dans les embuscades était le cauchemar des militaires et politiques américains et britanniques, qui n'eurent d'autre choix que d'ordonner le retrait des troupes d'occupation. L'invasion Américaine de l'Irak, bien qu'elle forçat les Iraniens à affiner encore un peu plus leur de guérilla, fut un véritable cadeau pour Téhéran qui n'en espérait pas tant. L'Iran venait de remporter sa deuxième grande victoire, encore une fois sans toucher à la gâchette.

La troisième victoire décisive de l'Iran réside dans le contrôle que le pays exerce sur l'approvisionnement énergétique mondial. Premier pays à lancer l'exploitation du pétrole au Moyen-Orient, dès 1913, l'Iran est aujourd'hui un acteur incontournable sur les marchés énergétiques. L'Iran, actuellement 4ème producteur mondial de pétrole, et 2ème producteur de gaz, cherche pourtant à obtenir un quasi-monopole. Ayant déjà fait main basse sur une partie non-négligeable du pétrole irakien, l'Iran aurait des vues sur le pétrole du Golfe Persique dans son ensemble, où sont concentrées 65% des réserves mondiales. L'acquisition de ce pétrole pourrait être facilitée par le fait que le Golfe Persique est occupé à 90% par des chiites, qui vouent un profond ressentiment à l'égard des sunnites, leurs dirigeants et persécuteurs de toujours. En 1988, un affrontement naval dans le Golfe Persique opposa l'US Navy à la marine iranienne. L'Iran avait alors menacé de fermer le détroit d'Ormuz, large à peine de trente kilomètres, et par où passent 20% des exportations mondiales de pétrole. A l'époque, cette menace ne pouvait être prise au sérieux, il en va autrement aujourd'hui... En effet, les Iraniens, conscients que leurs forces armées conventionnelles ne peuvent encore rivaliser ouvertement avec les armées occidentales, bien qu'ils aient acquis beaucoup d'équipements modernes, ont eu la bonne idée d'enterrer sous les côtes un nombre exponentiel de missiles sol-sol Silkworm chinois. Invulnérables aux attaques aériennes, ces missiles permettraient à Téhéran de fermer le détroit d'Ormuz en l'espace de quelques minutes et la sécurisation de la zone demanderait une opération terrestre extrêmement coûteuse en hommes. L'Iran a par ailleurs promis d'agir de la sorte si les occidentaux, Américains en tête, se décidaient à attaquer la République Islamique. On peut estimer que le baril de pétrole frôlerait les 500 dollars et plongerait nos économies dans la récession. Par ailleurs, la fermeture du détroit provoquerait l'écroulement de l'Arabie Saoudite, qui, incapable de continuer ses exportations de pétrole vitales pour son économie, n'aurait d'autre choix que de trouver d'autres voies d'acheminement, infiniment plus coûteuses. Voilà une des raisons principales qui fait que l'Iran est invulnérable, même sans la bombe nucléaire. Mais la soif iranienne d'hégémonie sur les marchés des hydrocarbures ne s'arrête pas là ; tout le Moyen-Orient est visé. Pour arriver à ses fins, l'Iran compte encore une fois mettre en ½uvre ses techniques habituelles : soulever une partie de la population, en fournissant armes, ravitaillements et fonds, tout en restant bien tapi dans l'ombre. Cependant, pour une fois, le régime des mollahs ne remporta qu'un succès en demi-teinte. Se basant sur les aspirations kurdes à devenir une nation indépendante, ce qui paraît légitime quand on sait qu'il s'agit de la plus grosse minorité au monde ne disposant pas de territoires en leur propre nom, ils financèrent les mouvements kurdes actifs principalement en Irak et en Turquie. L'objectif était avant tout de faire main basse sur le pétrole présent dans la région de Kirkuk, au Kurdistan irakien, et de déstabiliser la Turquie, perçue comme un tremplin pour les forces de l'OTAN au Moyen-Orient. Il semblerait que l'influence iranienne dans le Kurdistan irakien dépasse déjà ce que Bagdad devrait accepter. C'était sans compter sur la faction pro-iranienne au pouvoir en Irak. Le soutien de la première heure des autorités iraniennes aux rebelles kurdes évoluant à l'étranger semble cependant être à double tranchant, l'Iran étant lui aussi parfois frappé d'attentats imputables aux mêmes kurdes. De nos jours, Ankara tente d'échapper à l'emprise de Téhéran, qui contrôle non seulement une grande partie des réserves de gaz, mais aussi les voies d'acheminement. C'est dans cet objectif qu'on assiste à un rapprochement significatif entre Ankara et Moscou, chose encore impensable il y a quelques années. Une autre cible de la politique expansionniste de l'Iran est l'Azerbaïdjan, pays émergent du Caucase Sud, dont l'économie est en grande partie basée sur les hydrocarbures, issus majoritairement de la mer Caspienne. L'ex-république soviétique amorce un rapprochement plus ou moins volontaire avec Téhéran, parce qu'outre le fait qu'ils possèdent une importante frontière commune, sa population est elle aussi majoritairement musulmane et chiite. Au grand dam de la Russie, qui voit rétrécir son aire d'influence, l'interpénétration économique entre les deux voisins se fait de plus en plus importante. Mais l'Iran regarde également vers l'est : la Chine, nécessiteuse en permanence de nouveaux apports énergétiques, trouve dans le chef de Téhéran un partenaire fiable, et prêt à répondre à ses besoins, puisque d'ici 2015, l'Iran compte presque doubler sa production de pétrole. Le phénomène de vases communicants semble également applicable à l'Afghanistan, la deuxième ville du pays, Hérat, majoritairement peuplée de chiites, et faisant frontière avec l'Iran, se retrouvant désormais inondée de produits iraniens, le rial étant désormais la devise la plus utilisée, et le pétrole venant lui aussi de l'autre côté de la frontière. Quelle surprise quand on apprend qu'un oléoduc venant d'Asie centrale et fournissant le Pakistan et l'Afghanistan (pourtant riche en gaz) passe justement par Hérat, poste avancé iranien en territoire afghan... L'Iran a su tirer profit des immenses ressources naturelles dont il dispose, tout en tentant de se saisir des ressources présentes dans les pays voisins, devenant ainsi un acteur énergétique incontournable. Leur troisième victoire éclatante leur donne une stature mondiale.

Tout les éléments présent ci-dessus tendent à relativiser la mauvaise posture dans laquelle se trouverait l'Iran à cause de son présumé programme nucléaire militaire, qui serait pourtant suspendu selon le NIE (National Intelligence Estimate), document américain émanant d'une étude des services secrets. On peut se poser des questions sur la fréquentabilité de la République Islamique au su (et au vu) des nombreuses violations des droits de l'Homme accomplies dans ce pays, les mutilations, pendaisons publiques, lapidations et autres traitements dégradants ne faisant évidemment pas partie ce que l'on peut considérer comme acceptable au 21ème siècle. Il est cependant indéniable qu'il s'agit maintenant d'un acteur incontournable, non seulement au Moyen-Orient, mais également dans le monde entier. Le résumé des victoires les plus importantes de l'Iran (il en eut bien d'autres) nous permet de comprendre l'essor si inattendu d'un pays d'abord terroriste et relativement inoffensif, avant de devenir impérialiste et d'une puissance telle qu'il fut capable de battre Tsahal à deux reprises, en 2000 lors du retrait israélien du sud-Liban, et en 2006, lorsque le Hezbollah repoussa l'offensive israélienne, sans que celle-ci ne parvienne à remplir un seul de ses objectifs. Le monde musulman s'est trouvé un nouveau leader.

Miroslav Koutný
L'Iran, histoire d'une success-story
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#Posté le mardi 05 octobre 2010 11:05

Modifié le jeudi 14 octobre 2010 15:16

Loujkov, colosse aux pieds d'argile

Loujkov, colosse aux pieds d'argileLe 28 septembre 2010, Iouri Loujkov, maire de Moscou depuis 18 longues années, a été limogé par le président de la Fédération de Russie, Dmitri Medvedev. Selon les dires du président, ce limogeage fait suite à une perte de confiance, la confiance étant bien sûr la base des relations qui devraient unir les hauts fonctionnaires au dirigeant suprême.

Certains, ici en Europe, ont cru y voir ce qu'ils appellent « la verticale du pouvoir », métaphore utilisée pour dépeindre un régime qui se vaudrait totalitaire, et qui n'aurait rien à envier à l'URSS de Staline. Ces allégations sont dépourvues de sens, l'ex-maire de Moscou étant un intrigueur convaincu, s'étant enrichi personnellement alors que la Russie s'enfonçait dans la décadence, la violence et la misère sous l'ère de feu Boris Eltsine. Sachant saisir sa chance au bon moment, il fut nommé maire dès 1992, et s'empressa de suite d'accorder des marchés publics à des promoteurs privés, ayant reçu des pots-de-vodka en contrepartie, ce qui va de soi. Tel Al Capone, il sut avoir le talent nécessaire pour maquilleur toutes les preuves possibles, et bien que sa malhonnêteté était notoirement acceptée, elle ne fut jamais prouvée. Sa femme, qui est, par le plus grand des hasards, la femme la plus riche de Russie, aurait également bénéficié des faveurs de son charmant mari, la société de construction dont elle dispose jouissant d'un capital avoisinant les 1 milliards 400 millions. Alors que la crépuscule s'annonçait indéniablement sur la Russie Eltsinienne, trop corrompue que pour être viable, il décida de créer son propre parti dans le but ultime de se présenter aux élections présidentielles de 2000. Il était alors le grand favori. C'est ce moment que choisi Vladimir Poutine pour venir crever les écrans dans toutes les isbas de Russie. Homme venu de nulle part, inspirant la confiance, promettant de restaurer la grandeur d'un pays qui était humilié depuis une décennie, il conquit immédiatement les c½urs. Sa fermeté à l'égard des parasites qui gangrénaient la Russie lui assurait un soutien populaire indéfectible, comme en témoignent les sondages. Frustré de se faire voler la vedette par ce nouveau venu, Loujkov se retira donc quelque peu de la politique fédérale pour se concentrer sur les affaires de son domaine, Moscou.

Durant son règne de 18 ans, record de longévité que même les grands-princes de Moscou sortis tout droit de l'époque tsariste n'ont su battre, il s'opposa ouvertement à la constitution, transpirant pourtant de tous ses pores la démocratie et répondant aux exigences européennes les plus concises. Pour limiter l'exode des populations rurales, qui ont tendance à venir s'entasser dans la périphérie de ce que les Russes appellent la Troisième Rome, l'accès aux logements de la ville fut tout bonnement conditionné à un enregistrement, qui était loin d'être une simple vétille que l'on écarterait d'un revers de main. Ainsi, les Russes voyaient encore une fois leur liberté rongée... Après une longue bataille juridique, les défenseurs de la Constitution et de la liberté obtinrent cependant que l'enregistrement ne soit plus nécessaire pour les courts séjours, et que les modalités d'enregistrement soient simplifiées. Signalons cependant que cette abomination n'est pas le produit de l'imagination de Loujkov, les autorités soviétiques y ayant déjà eu recours pour les mêmes raisons.

Iouri Loujkov se démarqua notamment le sens tout particulier qu'il apporte au mot « démocratie ». Les manifestations contre sa personne étaient régulièrement interdites, des concerts d'artistes dits « subversifs » étaient annulés, les mouvements homosexuels étaient sévèrement réprimés... Loujkov, certain de sa toute-puissance, agissait à Moscou en maître....

Les événements des derniers mois ont précipité l'homme de 74 ans à la retraite. En effet, ivre de son omnipotence Moscovite, il osa aller à contre-sens de la politique extérieure du pays. S'acoquinant avec Loukachenko, le président Biélorusse, parfois qualifié de dernier dictateur d'Europe, Loujkov s'est attiré les foudres des autorités fédérales, pour qui Loukachenko est tombé en disgrâce, encore une fois à cause de l'épineuse question du gaz. Le maire Moscovite cru bon de soutenir Loukachenko, enlevant de cette façon toute la crédibilité nécessaire aux négociateurs russes. Une autre polémique enfla cet été, quand Moscou était en proie aux fumées, provenant des incendies ravageant les alentours. Plutôt que de souffrir avec le peuple, et de trouver des remèdes à cette catastrophe, le maire savourait des vacances ô combien méritées dans le beau pays qu'est l'Autriche... Le Moscovite s'est senti trahi, abandonné dans un calvaire qui rappelait quelque peu celui de 1812...

Une autre cause de sa chute, plus cynique encore, est à trouver dans les luttes intestines qui secouent le Parti Russie Unie actuellement au pouvoir, et corollairement la Russie en son entièreté. D'un côté, Medvedev et ses sympathisants, ouvertement adeptes d'une « modernisation » du pays, modernisation qui toucherait tous les secteurs de la vie sociale, de l'armée à l'économie en passant par l'enseignement et la police. De l'autre côté, Poutine et ses admirateurs, convaincus eux que le Salut de la Russie est à trouver dans la continuité de ce qu'il s'est fait durant l'époque où Poutine disposait des pleins pouvoirs. Le malheureux ex-maire semblait avoir opté pour le clan Poutine, ce qui déplût fortement à Medvedev, qui a besoin du soutien des maires des grandes villes pour pouvoir espérer battre Vladimir Poutine. Les élections de 2012 pourraient donc déjà avoir fait un malheureux...



Miroslav Koutný
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#Posté le jeudi 30 septembre 2010 15:17

Modifié le vendredi 01 octobre 2010 01:42

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